Livres
Relations particulières
Auteur: Frédéric Bastien
Édition: Boréal, 1999
En 1967, le "Vive le Québec libre!" du général de Gaulle a révélé aux Français et au monde l'existence du peuple québécois et le problème de sa cohabitation avec le reste du Canada. Pour tout ce qui touche le Québec comme dans bien d'autres domaines, la vision du fondateur de la Ve République a laissé une marque profonde sur la politique française. Après le vivat du balcon, Paris s'est engagé avec Québec et Ottawa dans un incroyable ballet diplomatique qui n'a pas fini d'agiter les trois capitales.

En pleine Révolution tranquille, les nationalistes québécois ont vu dans le cri de l'hôtel de ville un encouragement providentiel. Pour plusieurs à Ottawa, les liens directs et priviligiés entre la France et le Québec, de même que la présence du Québec au sein de la francophonie, étaient inacceptables. Il fallait endiguer les relations franco-québécoises et les remplacer par les relations franco-canadiennes. Paris ne l'entendait pas de cette oreille, l'affrontement devenait dès lors inévitable.

Pendant ce temps-là, en politique intérieure française, tandis qu'on se querellait autour de l'héritage gaullien - qui pour s'en réclamer, qui pour s'en dissocier -, la "question du Québec" devenait la pierre de touche à partir de laquelle chacun devait prendre position. Attaché à jamais à la mémoire du Général, le Québec devenait un enjeu politique franco-français.

C'est une vaste fresque que Frédéric Bastien met en scène, qui tient à la fois du suspense, de la comédie de boulevard, du théâtre de l'absurde et de la tragédie antique, à l'aide de nombreuses entrevues et de milliers de pages de documents d'archives, notamment et pour la première fois les archives de l'Élysée. Tissant la trame diplomatique des relations triangulaires, l'auteur fait revivre les personnages de ce drame politique, héros plus grands que nature ou charlatans patentés, espions ou agitateurs, fanatiques ou aventuriers, opportunistes ou bouffons. Bref, tout ce qui, depuis 1967, a grouillé, grenouillé ou scriboullé, tant à Paris, qu'à Ottawa et à Québec.



Critique

En dépit du sujet qui peut paraître trop aride, voir trop académique, cet ouvrage se lit comme un roman, et même comme un roman d'espionnage tellement les rebondissements sont nombreux. Le lecteur y découvrira les origines difficiles des relations internationales du Québec et le rôle-clé qu'ont joué les autorités françaises dans le développement de ces dernières. Encore une fois il faut remercier le Général de Gaulle qui fut celui qui donna véritablement le coup d'envoi de cette ouverture du Québec sur le monde. On apprend également le travail remarquable de certains de nos délégués généraux du Québec dans la capitale française, dont notamment Yves Michaud et Louise Beaudoin.

Après avoir lu ce bouquin, une constatation s'impose d'emblée: les véritables amis du Québec se trouvent à Paris et nos pires ennemis, à Ottawa. Le livre de Frédéric Bastien saura rassurer beaucoup de Québécois inquiets des lendemains d'un OUI référendaire: la France ne nous a pas oublié et elle reste, et de loin, le meilleure soutien politique du peuple québécois sur la scène internationale.
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