Une toute petite phrase qui a fait beaucoup de bruit et qui continue à en faire aujourd'hui : « Vive le Québec libre! »
C'était il y a 30 ans et les beaux esprits continuent de se demander aujourd'hui ce qui a bien pu pousser le général de Gaulle, au mépris de toutes les conventions, à se faire le chantre d'un Québec souverain.
Certains vont même jusqu'à prétendre qu'il ne savait pas ce qu'il faisait et qu'il a été emporté par la ferveur populaire.
C'est con, mais c'est comme ça. Or, s'il y avait un homme qui savait le poids des mots et qui savait les peser, c'était bien le général. D'ailleurs, on sait qu'il en a remis par la suite et qu'il n'a jamais eu l'air contrit.
Quoi qu'il en soit, cela n'a aucune importance. Ce qui est important c'est ce qui s'en est suivi. Une tempête, un ouragan, une tornade.
Fureur à Ottawa et au Canada anglais. Incrédulité en France. Ferveur et dépit au Québec. Surprise à travers le monde.
Je me souviens encore avec plaisir de la mine déconfite de notre bon maire Jean Drapeau qui, le lendemain, en voulant faire la leçon au général, s'est mis les pieds dans les plats et s'est attiré la réplique cinglante du président de la France.
Je me souviens du rire en coin de Daniel Johnson qui, bien qu'un peu pris au dépourvu, semblait s'amuser de cette bonne blague.
Je me souviens du peuple québécois, lui aussi surpris mais plus ravi que mécontent de la tournure des événements. On sait évidemment que la petite phrase a fait instantanément le tour du monde.
D'un seul coup, en moins de 24 heures, le monde entier a enfin su qu'il existait, en Amérique du Nord, un peuple authentique et que ce peuple parlait français.
Le Québec venait de faire son entrée sur la scène internationale. Ce n'est pas peu.
François Aquin, ébranlé, devint le premier député indépendantiste à l'Assemblée nationale.
Le Rassemblement pour l'indépendance du Québec (RIN), que je dirigeais, doubla le nombre de ses membres dans le mois suivant.
Tout le Canada anglais se mit à potasser son histoire pour y découvrir des choses qu'on ne lui avait pas dites. Les fédéralistes, habitués à ne pas vouloir voir ce qui se tramait, se virent obligés de refaire leurs devoirs et commencèrent dès lors à comprendre que le Québec n'était plus celui qu'ils avaient imaginé, tranquille, soumis et satisfait de son sort.
J'en profitai pour faire une tournée de conférences en France. Là où personne ne serait venu m'entendre six mois plus tôt, je trouvai des auditoires attentifs et curieux que le général avait éveillés à ce peuple français d'Amérique qu'ils méconnaissaient ou ne connaissaient pas du tout.
Surtout, il y avait enfin un grand de ce monde, un des plus grands, un vainqueur, qui venait dire à ceux qui voulaient l'entendre qu'ils pouvaient relever la tête, qu'il était possible de gagner, et que la France allait les accompagner dans leur décision, quelle qu'elle soit.
De Gaulle n'est pas venu dire aux Québécois ce qu'ils devaient faire. Il leur a simplement indiqué la voie la plus noble, la plus digne, la plus normale.
Oui, ce fut un moment historique et on s'apprête à le souligner.
À Québec, on inaugurera un monument au général. André Arthur peut bien crier et prétendre que le général était « un chien sale », on ne voit pas comment on pourrait s'opposer à pareil geste. Certains préfèrent le monument Wolfe. Moi je préfère celui du général.
À Montréal, mercredi, la société Saint-Jean-Baptiste organise un rassemblement, sous le balcon de l'hôtel de ville, pour commémorer l'événement. Cela en vaut la peine.
Comme il vaut la peine de rappeler cette merveilleuse phrase du général dans sa réponse au maire Drapeau : « Tout ce qui grouille, grenouille et scribouille n'a aucune importance. »
Il avait le sens de l'histoire, le général.
Quant à moi, aujourd'hui, je me souviens avec respect.