Nous reproduisons ici des extraits du rapport de novembre 2003 publié par le Bureau du vérificateur général du Canada sur le programme des commandites. Ce rapport a eu l'effet d'une bombe dans la capitale fédérale et a vraisemblablement été la cause première de la réaction de rejet d'un grand nombre de Québécois à l'endroit du Parti libéral du Canada lors de l'élection de juin 2004. Rappelons que ce programme a été mis sur pieds à la suite de la quasi-victoire des souverainiste lors du référendum d'octobre 1995. Officiellement, il avait pour but d'augmenter la visibilité du gouvernement fédéral dans tous le Canada. Ainsi, toute activité jugée d'intérêt pouvait faire l'objet d'un financement en échange d'une présence publicitaire du gouvernement fédéral. Dans la réalité toutefois, le programme visait prioritairement le territoire québécois. Les contrats de commandite étaient généralement octroyés à des agences de publicité québécoises proches du Parti libéral du Canada, lesquelles, après avoir encaissées de généreuses commissions, y allaient de contributions toutes aussi généreuses à ce même Parti libéral. Ainsi, le programme des commandites permettait à la fois de:

1) Mener une campagne de propagande fédéraliste au Québec;
2) Octroyer des contrats aux amis du régime libéral;
3) Financer le PLC par un "renvoi d'ascenseur" de la part des agences favorisées lors de l'attribution des contrats.
Extraits choisis du rapport de novembre 2003 du Bureau du vérificateur général du Canada

Points saillants globaux


1. Nous avons constaté que le gouvernement fédéral a mené le Programme de commandites en faisant peu de cas du Parlement, de la Loi sur la gestion des finances publiques des règles et des règlements sur la passation des marchés, de la transparence et de l'optimisation des ressources. Ces arrangements - qui supposaient de multiples opérations avec de multiples entreprises, de fausses factures et de faux contrats, voire aucun contrat écrit - semblent avoir été conçus de manière à verser des commissions à des agences de communications, tout en cachant la source des fonds et la vraie nature des opérations.

2. Nous avons constaté un non-respect généralisé des règles de passation des contrats dans la gestion du Programme de commandites du gouvernement fédéral, et ce, à toutes les étapes du processus. On a ignoré ou violé les règles établies pour la sélection des agences de communications, la gestion des contrats, la mesure et la communication de l'information sur les résultats. En raison de l'effondrement quasi total des mécanismes de surveillance et des contrôles essentiels, ces violations n'ont pas été décelées, ni prévenues ni signalées, et ce, pendant plus de quatre ans. Au cours de cette période, le Programme a coûté aux contribuables 250 millions de dollars, dont plus de 100 millions de dollars en honoraires et commissions versés à des agences de communications.

3. Les fonctionnaires ont aussi violé les règles établies pour la sélection des agences de communications aux fins des activités de publicité du gouvernement. La manière dont la plupart des agences ont été choisies ne respectait pas les exigences de la politique du gouvernement sur les marchés. Dans certains cas, nous n'avons trouvé aucune preuve qu'il y ait même eu un processus de sélection.
[....]

Observations

Le Parlement n'a pas été informé des véritables objectifs du Programme de commandites

3.14 Au moment de la création du Programme de commandites, le gouvernement fédéral n'a pas informé le Parlement des véritables objectifs du Programme et il ne lui en a jamais communiqué les résultats. D'anciens fonctionnaires de la DGSCC nous ont indiqué qu'après le référendum de 1995 au Québec, le gouvernement voulait rehausser son profil dans cette province en commanditant des événements locaux et, pour ce faire, il a créé le Programme de commandites. Nous n'avons cependant trouvé aucune directive du gouvernement ni analyse formelle ou plan stratégique. En l'absence de directive écrite du sous-ministre ou du Comité de direction de TPSGC et de décision écrite du Cabinet ou du Conseil du Trésor, nous n'avons pas pu établir clairement comment la décision de créer le Programme a été prise, ni par qui. Nous n'avons pas pu établir non plus pourquoi la décision n'a pas été transmise par écrit.

3.15 Le Conseil du Trésor a toutefois approuvé l'octroi de fonds supplémentaires pour les activités de communications de TPSGC afin de promouvoir les programmes et les services du gouvernement à la suite du référendum au Québec. [...]

3.16 Nous avons constaté qu'avant d'allouer des fonds, TPSGC avait négligé de mettre en place un cadre de surveillance et de contrôle adéquat pour le Programme de commandites. Même si les communications étaient une priorité ministérielle, la Loi sur la gestion des finances publiques continuait à s'appliquer.

3.17 Nous avons été informés qu'on avait fait la promotion du Programme au Québec, mais nulle part ailleurs au Canada. À mesure que des gens en dehors du Québec ont appris l'existence du Programme, le gouvernement a reçu des demandes et approuvé quelques commandites de quelques événements dans d'autres provinces. Cependant, de 1997 à 2000, la plupart des événements régionaux commandités avaient lieu au Québec.

3.18 Nous avons examiné les rapports sur le rendement de TPSGC. Aucun de ces rapports n'a fait état du Programme avant 2001, même si les commandites représentaient plus de la moitié des dépenses annuelles de la DGSCC. Le Rapport sur le rendement de 2001 mentionnait le Programme de commandites, mais n'en indiquait pas les objectifs ni l'importance particulière accordée aux événements au Québec. Il indiquait simplement que 291 événements avaient été commandités dans tout le Canada. Le Parlement n'a pas été informé que le Programme accordait la priorité au Québec.

3.19 Étant donné l'importance des objectifs que nous ont décrits les fonctionnaires et l'importance des dépenses du Programme (plus de 250 millions de dollars de 1997 à mars 2003), nous nous serions attendus à ce que le gouvernement fournisse au Parlement au moins une description du Programme, ses objectifs, ses dépenses et les résultats obtenus.
Abbréviations utilisées dans le texte:

TPSGC
:
Travaux publics et Services gouvernementaux Canada
DGSCG: Direction générale des services de coordination des communications
Souveraineté
Textes et paroles
Histoire
Site