Libération
Revue Laurentie
Avril 1959
Dans le contexte politique actuel, il devient de plus en plus évident que le phénomène centralisateur ira en s'accentuant jusqu'au jour où le Québec devra capituler devant Ottawa. L'évolution historique du Canada s'accomplit contre nous, sous nos propres yeux, et nos simples protestations ne peuvent empêcher la centralisation de s'opérer jusqu'à son point culminant, c'est-à-dire l'installation définitive d'un gouvernement unitaire, national, anglo-saxon, protestant et monarchiste à Ottawa. D'ici moins d'une décade, le Québec sera donc, c'est la logique implacable du système, complètement annexé puis annihilé par Ottawa.
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Jusqu'en 1957, on avait dû amadouer l'électorat québécois, lui faire miroiter les plus solennelles promesses afin de gagner sa confiance et son vote. Courtisans politiques, hâbleurs de husting, propagandistes de foire, tous s'agenouillaient devant les électeurs du Québec avant les élections. Après, on envoyait au diable les promesses, les offres hyperboliques, les déclarations énamourées, et les Québécois se retrouvaient, déçus et mélancoliques, devant le mur des lamentations outaouais. Les cyniques publicistes soutenaient avec force convaincante que jamais le parti bleu ou rouge n'attenterait aux droits les plus sacrés du Québec.
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Pendant que les délégués du peuple sont paralysés à Ottawa, ceux du Québec sont ankylosés et négatifs devant les accaparements fiscaux du fédéral. Les subsides offerts pas le gouvernement d'Ottawa pour remplacer la gestion des impôts du Québec par l'État du Québec abolissent le rouage normal du gouvernement responsable. On revient donc à plus de cent ans en arrière.
Il faudrait de toute nécessité établir les droits du Québec, inventorier les parcelles de libertés démocratiques qui nous restent, fixer les pouvoirs dont l'État autonome du Québec ne peut se passer, et finalement les inscrire dans une charte qui serait acceptée par le peuple. Le projet présenté par le gouvernement actuel, le 19 juillet 1950, en vue d'amender la constitution de 1867 n'apportait rien de neuf ni aucune transformation structurelle importante dans les relations fédérales-provinciales. Il ne contenait pas d'affirmation quant à la souveraineté fondamentale de l'État du Québec qui délègue des pouvoirs au parlement fédéral. On réclamait seulement la disparition du droit de désaveu fédéral et des modifications à la Cour suprême «qui doit réunir toutes les conditions d'un tiers arbitre». Enterrement de première classe. Par conséquent, il n'est pas injuste de conclure à l'inertie rachitique de notre gouvernement quant à l'autonomie provinciale.
Depuis quelques mois, l'idée de la souveraineté du Québec est discutée par tous les journaux, surtout par ceux qui craignent la réalisation de cette espérance séculaire. C'est comme si l'élite prenait conscience de la gravité de la situation. Les solutions qui s'offrent pour résoudre nos problèmes économiques, sociaux et politiques aboutissent finalement à la désagrégation du Québec par Ottawa ou à la désagrégation de la Confédération par Québec.
On pourra retourner en tous sens l'imbroglio catastrophique qui est le nôtre, au point de vue autonomie, il n'en reste pas moins que le même dilemme, vieux de deux cents ans, surgit: s'enfoncer dans la Confédération ou la défoncer. La faillite des idées autonomistes est manifeste. Notre entêtement à rester dans la Confédération est un mystère politique. Comment croire à la pérennité de la Confédération quand on sait, d'une manière tragique, qu'il y a neuf requins et la pieuvre fédérale qui se jettent sur leur proie québécoise ?
Le chemin vers la libération du Québec est encore long à parcourir mais déjà des espoirs sérieux sont permis. Des hommes vigoureux se lèvent qui ne s'en laisseront pas imposer par la dictature d'Ottawa. Ils savent aussi que l'histoire du Québec est tissée des trahisons des vieux partis. Il sera donc facile de choisir entre une autonomie désuète et une souveraineté positive, tournée vers l'avenir et la reconquête de toute notre liberté collective.