Textes choisis
René Chaloult (1901-1978)
Avocat et homme politique
Comment j'ai opté pour l'indépendance
L'Action nationale
Juin 1965

On me demande  souvent pourquoi je suis devenu favorable à l'indépendance du Québec. Ne l'ai-je pas toujours été ? Notre évolution historique et constitutionnelle ne nous achemine-t-elle pas vers cette fin ? Le destin naturel de la nation canadienne-française n'implique-t-il pas l'établissement progressif d'un État homogène et souverain ? Le rêve d'indépendance politique est latent chez nous depuis la conquête anglaise. Aurions-nous survécu en Amérique pour subir indéfiniment des tutelles, celles d'Ottawa, après celle de Londres ? Un peuple fier et énergique doit orienter sa propre vie, indépendamment des circonstances extérieures adverses. Au besoin il doit forcer le sort et accepter des risques dangereux pour conquérir une place honorable dans le monde. Voyons l'exemple d'Israël et de tous ces jeunes pays d'Afrique.
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J'étais acquis à l'idée d'indépendance lorsque je fus élu au parlement de Québec, en 1936, comme député de l'Union nationale, avec l'appui d'un programme très nationaliste pour l'époque. Au lendemain de l'élection, mon chef, Maurice Duplessis, renia ses engagements les plus sacrés. Alors que je le lui reprochais, il me répondit cyniquement: «Tu sais bien qu'un programme c'est bon avant les élections.» Il continua, il accentua même la politique traditionnelle et capitaliste de son prédécesseur, Alexandre Taschereau. Aujourd'hui je ne me scandalise guère de ces volte-face si nombreuses au cours de notre histoire, mais je déplore que nous trouvions si peu d'hommes sincères parmi nos avocats qui dominent notre vie politique. Les Anglo-Saxons ne sont pas seuls responsables de notre déchéance économique. Nos avocats politiciens y ont largement contribué.
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Non, aucune collaboration véritable n'est possible entre Québec et Ottawa. Cent ans de vie commune en ont fourni la preuve. Jamais les Canadiens de langue anglaise ne permettront de réaliser «l'égalité entre les deux peuples». Jamais l'esprit, ni même la lettre de la Constitution ne seront appliqués au Canada: Pourquoi persister dans nos revendications ? Nous perdons notre temps, lorsque nous ne nous rendons pas ridicules ou même odieux. On sait comment les Britanniques savent infléchir un texte législatif selon leurs intérêts. Non, je le répète, jamais on n'accordera à nos minorités françaises un traitement un peu comparable à celui dont jouit la minorité anglaise dans le Québec. Les discours de «bonne entente» du premier ministre Robarts ne changeront rien à la situation. On nous leurre avec des belles paroles, mais on refuse de passer aux actes. On sait que le premier ministre Roblin vient de tenter un redressement partiel en faveur de nos compatriotes du Manitoba. Il a échoué. Un gouvernement provincial qui voudrait nous accorder notre liberté scolaire assurerait sa défaite électorale. Ce ne sont pas non plus messieurs Laurendeau et Dunton, en dépit de leur bonne volonté, qui nous obtiendront une représentation décente dans la fonction publique canadienne. Bien naïf qui l'espérait. Les distingués enquêteurs pourront formuler d'excellentes recommandations, on les jettera aux oubliettes. Pour éviter l'éclatement de la Confédération, avant 1967, on cherche à susciter une nouvelle espérance.
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Depuis 1867, ils ont tout mis en oeuvre pour créer ce qu'ils appellent une nation canadienne: immigration intensive, centralisation toujours plus poussée, persécution scolaire, unilinguisme partout hors du Québec. Aussi les résultats sont-ils conquérants. En Nouvelle-Écosse, dans l'Île dite du Prince-Édouard, dans les quatre provinces de l'Ouest, le français s'éteint rapidement et celui qu'on parle encore est souvent pitoyable. Bientôt, s'il faut en croire les statistiques officielles, on n'y trouvera que de rares vestiges de français. En Ontario, plus du tiers des Canadiens français ont perdu leur langue. «S'il y a en Ontario 647 941 habitants d'origine française, écrit le père Richard Arès dans l'Action nationale du mois de juin 1963, il n'en reste plus que 435 302 dont la langue maternelle est le français.» Qu'on prolonge ce régime assimilateur de la Confédération et le Québec même sera menacé, car notre langue est déjà fort contaminée.

Puisque nous refusons de nous transformer en Anglais de qualité inférieure, puisque nous nous obstinons à rester Français, soyons logiques et n'hésitons pas à prendre les moyens nécessaires à notre survivance et à notre épanouissement. Séparons-nous. À mon avis, nous n'avons pas le choix.
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