Textes choisis
Paul Bouchard (1908-1997)
Avocat et politicien
Faillite de la confédération
La Nation
3 décembre 1936
(extraits)

C'est à partir de 1930, depuis le gouvernement du francophobe et de l'impérialiste enragé Arbi Bennett, que ce déclenche sérieusement, à Ottawa, la grande offensive centralisatrice. La création d'une banque centrale en fut le premier mouvement. Mais cette affaire dépasse même en ampleur les cadres du dominion canadien. Elle est d'origine purement impérialiste.

L'Angleterre ayant perdu la maîtrise politique sur les Dominions a résolu de reprendre son emprise par l'économique en contrôlant financièrement et commercialement ses possessions d'outre-mer. La manoeuvre impérialiste portait sur deux terrains: encourager le commerce interimpérial au moyen des tarifs préférentiels; contrôler le système monétaire des Dominions par la création dans chacun d'eux d'une banque centrale secrètement sous la dépendance la Banque d'Angleterre. C'est uniquement à l'instigation de Londres, dont il n'a toujours été que le plat valet, que Bennett résolut de créer la Banque Centrale du Canada.

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Au point de vue confédératif, la création d'une banque centrale a eu pour effet de placer le contrôle de la monnaie sous l'entière dépendance d'Ottawa et d'y accumuler tout l'or du pays. C'était aussi un moyen d'augmenter l'emprise financière du pouvoir central sur les provinces et de nous acheminer graduellement vers le contrôle des finances provinciales par le gouvernement fédéral.

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Après le coup de la banque centrale et celui moins brillant des accords d'Ottawa, nous sommes redevables au bouvier de l'Ouest de la centralisation de la radio. La plan était encore très simple et depuis longtemps établi par Londres: créer dans chaque dominion une filiale de la British Broadcasting Corporation et en faire un moyen de propagande impérialiste. C'est ce qui nous vaut actuellement tous les soirs une heure de propagande impérialiste pour préparer le Canada à participer à la défense de l'Empire dans quelques années.

À l'intérieur de la Confédération, la centralisation de la radio plaçait sous la dépendance d'Ottawa et hors de la juridiction provinciale l'agent de propagande le plus important dans le monde moderne.

Après la centralisation de la banque et de la radio, le gouvernement King poursuivant la politique de Bennett, fit une tentative de centralisation des finances provinciales à Ottawa, puis réalisa la centralisation définitive de l'administration de nos ports de mer. C'est ce qui nous vaut un gérant et tout un personnel unilingue à la tête du port de Montréal.

La poussée centralisatrice perce dans tous les domaines: législatif, juridique, financier, etc... Les Canadiens français ne protestent pas et continuent à se laisser berner par une cohue de polititiens lâches et infiniment méprisables. Un matin, notre peuple se réveillera de la léthargie pour constater que le pouvoir central aura peu à peu absorbé ce qui restait de libertés provinciales. C'en sera fini de notre autonomie et de notre nationalité.

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